"Offre Raisonnable d'Emploi"... Quel joli nom ! Outre le fait que cette "nouveauté" laisse à penser que jusqu'à présent l'ANPE pouvait faire des offres irraisonnables, voici une nouveauté dans le mode de gestion des chômeurs qui risque d'avoir des répercussions terribles sur notre vie professionnelle à tous, mais dont on ne mesure pas forcément toutes les conséquences pour l'avenir.

Cette réforme nous a été présentée comme une nécessité par le gouvernement, pour lutter contre les "petits malins" qui profitent du système d'allocations chômage sans réellement rechercher un emploi.

Jusque là, rien à dire. Il est en effet immoral, anormal et illégal que des gens mal intentionnés puissent toucher des allocations chômage alors qu'il n'ont aucune envie de travailler. C'est donc moins sur le fond que sur la forme que cette réforme est condamnable. Car "Oui", cette réforme est condamnable et sur bien des points.

Petit retour en arrière : L'ANPE (Agence Nationale pour l'Emploi) a été créée le 13 Juillet 1967 à Paris et avait pour mission d'aider et conseiller les personnes à la recherche d'un emploi, et de servir d'interface entre les entreprises ayant besoin de main d'oeuvre, et la main d'oeuvre ayant besoin d'un emploi. Jusque là, l'idée est plutot séduisante et sommes toutes assez "logique". Là où ça se corse par contre, c'est qu'au fur et à mesure des années et des gouvernements successifs, l'ANPE est totalement sortie de sa mission initiale. La diversité des métiers, l'arrivée de l'informatique et des compétences liées a été très mal gérée par cet organisme, tout comme les nouveaux métiers issus de l'internet et des technologies notamment. Du coup, petit à petit, les entreprises se sont détournées de l'ANPE qui de plus en plus souvent se révélait incapable de fournir les candidats souhaités. Lasses, la plupart se sont tournées vers des cabinets de recrutement et autres chasseurs de têtes aux pratiques parfois douteuses...

L'autre gros problème de l'ANPE c'est qu'à l'heure où l'on envisage le travail du dimanche, et qu'on évoque un allongement de la durée du travail (le taux européen étant (Dieu merci) limité à... 65 heures hebdomadaires !), l'agence, elle, continue à assurer un service minimum. Pour exemple voici les horaires-type d'ouverture au public :

Horaires d’ouverture :
Du lundi au mercredi : de 8h30 à 16h30
Jeudi : de 13h à 16h30
Vendredi : de 8h30 à 16h

(Source : ANPE de Nevers)

Autant dire que la France qui se lève tôt, aime bien se coucher tôt aussi... et ne veut surtout pas se lever le Samedi... étonnant non ? Je passe volontairement sur les objectifs "commerçiaux" de l'agence pour l'emploi, qui l'ont ammené à passer certains numéros d'appels téléphoniques en numéros surtaxés, même si la tendance semble aujourd'hui s'inverser un peu.

Reste un problème majeur : les conseillers sont parfois totalement perdus par la pléthore de métiers et titres existants dans le monde professionnel actuel. Beaucoup d'entre eux n'arrivent tout simplement pas à faire le lien entre votre métier d'avant et la référence (code ROME) auquel il peut correspondre dans leur outil informatique. C'est ainsi qu'un superviseur de hotline informatique peut se voir proposer un poste... d'opérateur de saisie (Sic!) De quoi faire frissonner quand on imagine que l'agence sera habilité à juger de l'aspect "raisonnable" de ses offres aux chômeurs...

Et puis tout ceci pose un problème grave quand même... Arriver à l'obligation de travailler sous prétexte de faire la chasse à quelques "profiteurs" montre à quel point l'ANPE a été incapable de suivre et "surveiller" ses allocataires. l'ANPE a totalement failli à sa mission de contrôle ces dernières années. A-t-on pour autant vu une réforme sur le nombre de salariés présents dans cette organisation ? Silence radio !

L'inefficacité des organismes chargés de gérer le chômage n'est plus à faire, car on a constate également chaque jour que des allocataires touchent des allocations sans même y avoir droit (c'est à dire bien en amont de la proposition "raisonnable"). En effet la piètre gestion informatique de ces organismes fait que d'une part il a été possible de toucher des allocations dans des régions différentes pour une seule et même personne, mais surtout que des "kits Assedic" permettait de se déclarer licencié d'une société fantôme, et avec un salaire de référence plutôt "confortable"). Il est tout de même navrant de constater que ces arnaques aient été découvertes par la découverte des "kits" en question et en remontant des filières, plus que par la difficulté de reclassement qu'auraient dû avoir les ANPE pour certains ex-cadres commerciaux ou dirigeants qui n'avaient en fait jamais exercé de responsabilités...

L'autre effet pervers de cette loi, selon moi, c'est qu'elle va nécessairement engendrer un "fonds de roulement" pour les entreprises qui vont voir les 1 800 000 chômeurs (à la louche) devoir accepter un emploi qui ne leur convient pas forcément. C'est comme si on ouvrait le robinet de la main d'oeuvre et comme si les entreprises n'avaient plus qu'à se baisser pour embaucher. Il y a fort à parier que devant le réservoir de main d'oeuvre qu'elle vont obtenir, les entreprises ne feront plus tant d'efforts sur l'embauche, et notammment le salaire, le type de contrat, et les droits soçiaux. Je prédis pour ma part une augmentation relative du nombre de CDD et autres emplois précaires à l'arrivée de cette loi.

En revanche, les entreprises comprendront très vite qu'il n'est pas profitable d'embaucher un salarié qui n'aura eu comme motivation pour le poste que la crainte de perdre ses indemnités ou de se voir rayé des listes. Gageons que la productivité et l'efficacité de ces travailleurs sera à la hauteur de leur motivation...

Cette réforme n'est pas bonne et elle est même dangereuse car elle lèsera à terme salariés et employeurs, et tirera le niveau vers le bas. En tous les cas, elle ne contribuera pas à la productivité des entreprises francaises. Elle tirera nécessairement les salaires vers le bas, puisque selon la durée du chômage l'écart entre votre salaire d'avant et le salaire proposé pourra se creuser pour un poste équivalent. Elle est annoncée comme un rempart à la "glandouille", mais si cet organisme et ses nombreux salariés (tiens au fait.. Combien sont-ils) avait fait correctement son boulot ces dernières années les escrocs auraient pu être rapidement repérés. Bref, sous couvert d'être juste et nécessaire cette réforme pénalisera tout le monde, et ce sont encore les majorités qui feront les frais des agissements d'un minorité...

Mais jusqu'où ira-t-on ?